A propos de
VÉRITÉ ET SCIENCE
Prologue à une
philosophie de la liberté
de Rudolf Steiner
aux Editions Anthroposophiques
Romandes, édition 1982
Je cite :
« La philosophie contemporaine est
victime d’un préjugé kantien malsain. Notre livre a pour but de contribuer à
vaincre ce préjugé. Il serait blasphématoire de ne pas reconnaître les mérites
impérissables de Kant en ce qui concerne l’évolution de la pensée scientifique
allemande. Nous devons toutefois comprendre que c’est seulement si nous nous
plaçons résolument en opposition avec ce philosophe que nous pourrons poser les
fondements d’une conception vraiment satisfaisante du monde et de la vie. »
(R. Steiner, Vérité
et science, préface, EAR, 1982)
Avant-lire
Devant la moderne fascination pour l’IA (« intelligence »
artificielle) et l’utilisation de plus en plus fréquente des algorithmes pour
résoudre des problèmes ou planifier divers domaines de gestion de notre
société, il me semble indispensable de se poser des questions face à ce phénomène.
Est-ce que les calculs et les recoupements
d’information de l’ordinateur suffisent à faire progresser les
connaissances ? Est-ce que des robots peuvent réfléchir et progresser dans
l’acquisition de réelles connaissances capables de faire évoluer notre
culture, notre civilisation ? Que va devenir une civilisation dirigée par
des calculs sans âme, sans volonté et sans esprit humains ?
D’abord il me semble utile de revenir à la
base, qu’est-ce qu’une connaissance, quel est son rapport au monde et son
apport à l’évolution de l’humanité ? Dans un premier temps je vous propose
la théorie de la connaissance de Rudolf Steiner telle qu’il l’exprime dans
« Vérité et Science » qui est aussi son prologue à sa Philosophie de
la liberté.
S o m m a i r e
Pourquoi une théorie de la connaissance[1] ?
Qu’est-ce qui pose un problème dans la théorie de Kant ?
Une théorie de la connaissance doit être une étude scientifique libre de
tout à priori
Illusion des sens et erreur
La frontière entre le donné et le connu
L’observation ne permet pas de comprendre l’essence des choses
La pensée, point de départ de la connaissance
Le concept de causalité
Les différentes étapes du processus de connaissance ne sont pas toujours
conscientes
L’observation est une phase indispensable mais non suffisante
Nature de la preuve
La Nature de l’erreur
La pensée organise, synthétise, mais n’ajoute rien au contenu du monde
La pensée, une activité formelle dans l’image scientifique
La pensée recherche ce qui découle de la relation
L’esprit humain a besoin de la connaissance
Ce qui Subjectif et ce qui est Objectif
Le moi et l’égo
Évènements et conception du monde

Les premiers écrits publiés de R. Steiner sont
une introduction aux écrits scientifiques de Gœthe[2]
conservés aux archives de Weimar. Son professeur de littérature allemande à
Polytechniques de Vienne, quand il a 22 ans, le recommande à l’écrivain chargé
d’une « Histoire de la
Littérature allemande ». R. Steiner en
écrit une préface et des commentaires aux écrits scientifiques de Goethe. En 1886 il écrit ce qui sera plus tard publié
sous le titre de « Une théorie de la Connaissance chez Goethe ». Pendant
la période entre 1884 et 1890 il est aussi précepteur de 4 enfants. Puis en
1891 il écrit sa thèse de doctorat qui sera publiée ultérieurement sous le
titre « Vérité et Science », l’ouvrage que je me propose de
résumer.
Cet ouvrage étant une thèse ; une
bibliographie de 89 ouvrages de philosophes divers est citée en introduction[3].
Ensuite R. Steiner sera journaliste, rédacteur
d’une revue, puis conférencier dans toute l’Europe jusqu’en 1924. Il a écrit
une vingtaines d’ouvrages et donné des milliers de conférences rassemblées à
partir de notes et sténographes d’auditeurs, pas toujours revues par lui.
Pourquoi une théorie de la connaissance ?
R. Steiner éprouve le besoin de fonder une
théorie de la connaissance parce qu’il n’est pas satisfait de celles de ses
prédécesseurs et en particulier de celle de Kant. Bien qu’il reconnaissance le
grand apport de Kant[5]
à la pensée philosophique allemande il lui reproche ses a priori, il conteste
sa théorie de la connaissance établie à partir de présuppositions et qui va
être à la base des limites de la connaissance établies au 19e
siècle. Et elle ne va pas influencer seulement le courant philosophique mais
aussi la pensée scientifique majoritaire des 19e et 20e
siècle.
Encore actuellement, début du 21e,
une grande partie du milieu scientifique institutionnel ne considère comme
vraiment scientifiques que les résultats quantifiés, estimant qu’il y a des
domaines d’étude scientifiques et des domaines qui ne le sont pas, confondant
par là méthode scientifique et méthodes de quantification. Cela est l’héritage
de la théorie de la connaissance de Kant et de quelques successeurs influencés
par lui.
Qu’est-ce qui pose un problème dans la théorie de Kant ?
Pour résumer l’essentiel de ce qui pose
problème dans la thèse de Kant c’est son invention de la « chose en soi[6] »
que Kant pose comme fondement des choses, qu’il situe dans un domaine au-delà de notre monde
sensible et rationnel et qu’il juge inaccessible à la faculté de connaissance
humaine.
Cette chose en soi crée par Kant c’est en fait
l’essence intime, le principe originel des choses, or les rechercher est une
tendance inséparable de la nature humaine et c’est même la base de toutes
activité scientifique.
C’est pour résoudre ce problème, cette
contradiction que R. Steiner veut montrer ce que la connaissance est capable de
faire et cela afin de lutter contre les préjugés scientifiques hérités du
subjectivisme de Kant.
Une théorie de la connaissance doit être une étude scientifique…
Pour R. Steiner une théorie de la connaissance
doit être une étude scientifique de ce que les autres sciences présupposent
sans en avoir fait l’examen : la connaissance elle même. C’est cette seule
étude du processus de connaissance qui peut nous apprendre quelle valeur et
quelle signification peuvent avoir les affirmations des autres sciences, en
fait la valeur de tout savoir.
Quel est le rapport entre des jugements portés
grâce à la connaissance et la réalité ? Ou quel est le rapport entre le
monde et le contenu des différentes sciences ? Comment parvient-on à qualifier les éléments
de notre image du monde ? Comment
situer si on a affaire par exemple à une perception ou un concept, à une cause
ou un effet, à ce qui est objectif ou subjectif ?
C’est pour répondre à ce type de questions que
l’on a besoin d’une théorie pour se faire une idée de la connaissance.
Mais pour remplir son rôle, une théorie de la
connaissance doit, autant que possible, être libre de toute présupposition car
une présupposition appartient déjà au domaine élaboré par le travail de
connaissance. Et c’est la théorie qui doit d’abord déterminer le bien-fondé de
toutes les connaissances. Pour être rigoureuse elle doit donc avoir un point de
départ incontestable, absolu, inconditionnel, et éviter toute source d’erreur.
Or l’erreur n’apparaît qu’avec la connaissance. C’est pourquoi R. Steiner
exclut de ce point de départ tout élément appartenant à la connaissance, le
situe juste avant l’acte de connaissance. Ce départ doit donc appartenir au
donné[7],
à l’image donnée du monde.
Illusion des sens et erreur
R. Steiner rappelle que l’illusion des sens
n’est pas une erreur ; elle est fondée sur des phénomènes naturels. Par
exemple c’est une réalité que la lune nous apparaisse plus grosse à son lever.
Cela deviendrait une erreur si l’on croyait, si l’on jugeait que la lune est
plus grosse à son lever.
Donc, pour fonder sa théorie, R. Steiner ne va
utiliser aucun savoir particulier et va rechercher un point de départ, juste
avant l’acte de connaître, point qui doit se situer dans un donné immédiat.
Il précise de quoi est constitué le donné
immédiat : il est constitué de tout ce dont nous avons conscience.
C’est-à-dire, les perceptions, les images de rêve, les sensations, les
sentiments, les actes volontaires, les intuitions, les représentations, les
concepts, les idées,... absolument tout ce qui entre dans notre champ de
conscience et qui n’est pas déterminé conceptuellement. C’est tout cela que R.
Steiner désigne « contenu de l’image donnée du monde ». Tout ce qui
n’a pas fait l’objet d’un savoir particulier, d’une élaboration par un travail
mental de connaissance.
La frontière entre le donné et le connu
Il ne définit pas l’image immédiate du monde,
il attire seulement notre attention sur une frontière entre ce qui est donné et
ce qui est connu. Cette séparation entre le donné immédiatement et le connu est
artificielle dans la mesure où elle n’appartient pas au donné mais est créé par
la conscience humaine qui a besoin de séparer d’abord les éléments du contenu
de l’image du monde avant de pouvoir élaborer ce donné par un travail de
connaissance. C’est une étape indispensable liée à notre organisation humaine.
Quel est l’élément du donné immédiat qui
précède tout acte de connaissance, à partir duquel va s’amorcer le processus de
connaissance ? Se demande R. Steiner.
Ou quel est l’intermédiaire entre l’image du monde donnée et l’image du
monde élaborée par la connaissance ?
Voilà ce qu’il doit trouver comme point de
départ à sa théorie de la connaissance et qui, comme toute théorie, fera le
lien entre les phénomènes du processus de connaissance.
L’observation seule ne permet pas de comprendre l’essence des choses
Quand nous observons le donné dans une
contemplation passive, la connaissance est impossible. Impossible de comprendre
l’essence des choses ou les rapports entre les phénomènes par une pure
observation. L’observation seule ne
permet qu’une description des éléments du donné et n’atteint pas les principes
originels cachés sous les apparences.
La plupart du temps on ne s’en rend pas compte
car on a affaire à des choses déjà connues, parce que les éléments qui nous
entourent au quotidien sont déjà déterminés conceptuellement et l’on
court-circuite les étapes du processus de connaissance.
Pourtant il existe un point de départ et un
seul qui appartient à un donné immédiat, avant toute connaissance, avant toute
source d’erreur, et dont l’essence est non-donnée parce que produite par nous
et donc pour lequel nous n’avons pas besoin de justification, pas besoin de
preuve et qui permet l’amorce du processus de connaissance. Ce point de départ
qui satisfait l’exigence de la rigueur pour une théorie, qui est appréhendée
sans besoin de formuler un jugement de connaissance et qui est l’élément du
donné immédiat indispensable pour que la connaissance apparaisse, c’est la
pensée ! Il n’existe pas de connaissance qui ne soit pas pensée. Tout ce
qui est connu provient de la pensée. La pensée est une production donnée dans
une immédiateté totale, sans raisonnement pour l’appréhender, c’est-à-dire pour
être saisie par l’esprit humain.
La pensée, point de départ de la connaissance
La pensée[8]
est donc bien le point de départ recherché par R. Steiner, celui qui va amorcer
un ordre dans le chaos des perceptions. Les outils de la pensée sont les
concepts[9]
et les idées. Mais ces outils ne sont pas un point de départ satisfaisant car
il faut d’abord un travail mental de pensée pour les acquérir. La réflexion, la
pensée précède l’acquisition des idées.
C’est bien la pensée qui est
l’activité première. R. Steiner qualifie d’intuition intellectuelle la forme
sous laquelle sont donnés les concepts et les idées.
Le concept de causalité
R. Steiner cite comme exemple d’acquisition par
intuition intellectuelle, le concept de causalité. Pour trouver dans le monde
des causes particulières de phénomènes, il faut d’abord produire la notion de causalité
comme forme conceptuelle. Les causes particulières ne peuvent être déterminées
que parce que nous possédons dans notre conscience la forme conceptuelle de
causalité sans détermination particulière.
C’est la faculté conceptuelle humaine qui
établit les relations entre les éléments de l’image du monde. Relations qui
n’appartiennent pas aux éléments mais qui sont produites dans la conscience par
l’activité cognitive.
Les différentes étapes du processus de connaissance ne sont pas toujours
conscientes
La plupart du temps nous ne prenons pas
conscience des diverses étapes du
processus de connaissance en particulier parce que celui qui pense oublie la
pensée pendant qu’il l’exerce préoccupé qu’il est par la chose observée, par
l’objet de la pensée. On ne peut observer sa propre pensée qu’après coup. R.
Steiner écrit dans un autre ouvrage « Elle est
l’élément inobservée de notre activité spirituelle courante ». Kant
lui-même, pendant qu’il pensait sa théorie, a oublié le rôle qu’y jouait sa
pensée.
Les phases principales sont la séparation des
éléments à considérer et à comprendre, extraits de la totalité du monde, ensuite l’observation suivie par l’activité
pensante qui établit une ou des relations entre les éléments d’abord isolés,
puis la détermination par la pensée qui résulte du rapport établi entre les
éléments.
L’observation est une phase indispensable mais non suffisante
C’est la pensée avec ses outils qui permet
d’aller au-delà de la description des apparences du donné. Dans un premier
temps il y a le stade de l’analyse, puis ensuite le stade de la synthèse qui
consiste à reconstituer l’unité qui avait été détruite par la conscience au
départ.
L’acte de connaissance, c’est l’unification
entre des éléments, la synthèse ente deux ou plusieurs éléments perçus,
expérimentés, par la production de concepts ou d’idées dans un raisonnement qui
obéit aux lois de la logique.
Nature de la preuve
L’appréhension du monde donnée au moyen de
concepts est une saisie des choses par la pensée qui n’a pas besoin d’être
prouvée. Une preuve présuppose la pensée, on ne peut pas prouver une preuve.
On ne
peut connaître que par la pensée, activité de l’esprit humain et principe
informant qui donne forme aux éléments chaotiques, sans ordre, donnés par les
perceptions.
Les connaissances acquises par les humains reposent sur le fait d’avoir établi une
relation juste entre des éléments de la
réalité donnée et d’avoir saisi ce qui en résulte.
La Nature de l’erreur
Dans la vie et dans les sciences de nombreuses
tentatives échouent. Mais de même que les erreurs de calcul ne remettent pas en
cause l’existence et l’intérêt des mathématiques, les erreurs de raisonnement
ne remettent pas en cause le rôle de la pensée dans la connaissance. Rôle qui
vise à organiser systématiquement le contenu du monde.
La pensée organise, synthétise, mais n’ajoute rien au contenu du monde
L’appréhension du donné est une saisie par
l’esprit humain grâce à la pensée. Une saisie et non une création. La pensée
organise, synthétise, mais n’ajoute rien au contenu du monde, elle ne crée
rien, elle se contente d’établir des relations entre des éléments, à tort ou à
raison. Elle ne fait que crée les occasions par lesquelles les éléments vont
pouvoir révéler leur essence cachée, leurs principes originels.
Elle est formelle, purement synthétique, et non
créatrice du contenu des connaissances.
Ses outils, catégories, concepts, idées, ses
règles de fonctionnement données par la logique, ne sont pas crées par les
individus particuliers, ce sont des outils universels de l’esprit humain hors
culture, hors civilisation et hors époques. Ce sont les représentations et
l’expression de la pensée qui sont personnelles à chacun, pas les concepts, ni
la logique.
La pensée, une activité formelle dans l’image scientifique
Dans l’image scientifique du monde la pensée est donc une activité
formelle dont le contenu n’est pas crée par la pensée, ce contenu ne peut pas
exister, en effet, ni avant l’observation, ni avant l’appréhension conceptuelle
du donné par la pensée. Le contenu de la connaissance résulte des observations
ordonnées par la pensée.
Donc la certitude d’un jugement de connaissance
n’est tirée que du donné perçu, observé, expérimenté puis ordonné et pas de la
pensée seule. C’est l’adéquation du raisonnement au donné, la juste relation
entre des éléments par la pensée qui conduit aux connaissances réelles. Une loi naturelle, précise R. Steiner, est
l’expression d’un rapport entre des éléments de l’image donnée du monde et ne
peut pas exister sans les faits observés. Elle est découverte par l’observation
et la pensée mais non inventée par la pensée.
La pensée recherche ce qui découle de la relation
La pensée n’affirme rien à priori sur le donné.
Elle ne recherche que ce qui résulte de la relation entre des éléments.
R. Steiner envisage également les conditions
d’apparition de la recherche de connaissance par les humains.
Si le donné immédiat contenait toute la
réalité, si l’image du monde était complète, il n’y aurait pas de recherche de
connaissance car nous n’aurions pas de question, pas besoin d’aller au-delà des
apparences du donné.
Si l’élément conceptuel était uni dès le départ
au donné pour la conscience humaine, il n’y aurait pas de besoin d’aller
au-delà du donné, pas besoin de recherche de connaissance.
Si le contenu de l’image du monde était crée
par la pensée, il n’y aurait pas de
recherche de connaissance pour quelque chose que nous produirions.
L’esprit humain a besoin de la connaissance
Pour que la connaissance apparaisse il faut
donc un besoin de l’esprit humain, un donné non complet et une pensée non
créatrice de tout. La connaisse repose
sur le fait que le contenu du monde est donné sous une forme incomplète et
qu’il existe une partie non révélée immédiatement mais qui puisse être dévoilée
par la connaissance. Connaissance qui produit la forme complète dans laquelle
sont unifiés les aspects du donné.
C’est pourquoi, contrairement à ce que pensent
beaucoup de gens, la description des choses par l’observation pure qui nous
livre à nos impressions premières sans élaboration par la pensée, est la forme
la plus subjective de la réalité donnée.
Ce qui Subjectif et ce qui est Objectif
Les outils utilisées par la pensée sont
universels et c’est la pensée qui permet de déterminer de ce qui est objectif ou subjectif ;
elle est donc au-dessus de cette polarité et elle n’est ni objective, ni
subjective.
L’image du monde immédiate est une expérience
subjective, c’est la science ou la connaissance qui la complète et la sort de
la subjectivité.
Encore actuellement de nombreux scientifiques
croient que seule les observations sont objectives et que l’activité pensante est personnelle et subjective, comme
si nous étions, chacun, créateur de nos
concepts. Dans cette croyance il y a confusion entre représentation et concept.
La représentation est personnelle et subjective, le concept est universel. Les
concepts mathématiques, admis par tous comme universels, ne sont que des cas
particuliers du concept en général.
R. Steiner élargit son propos et désigne
l’instance en l’humain qui éprouve le besoin de compléter le donné immédiat,
qui observe, qui réfléchit, analyse et synthétise les éléments du donné, qui
relie le monde de la pensée au monde donné : c’est le Moi.
Le moi et l’égo
Pour R. Steiner le Moi n’est pas l’égo des
contemporains, celui-ci n’est qu’un pâle reflet déformé du Moi, de l’entité
spirituelle humaine incarnée sur terre. La pensée humaine pour R. Steiner n’est
pas secrétée par un cerveau physique. L’entité humaine, le Moi, utilise le
cerveau comme appareil réflecteur indispensable pour prendre conscience des
choses. Mais c’est le Moi qui regarde le monde et qui est actif dans le
processus de connaissance.
Au Moi est donné, écrit R. Steiner, la
perception externe et interne en même temps que sa propre existence. C’est le
Moi, point central de la conscience, qui réfléchit. Personne n’a besoin de
preuve de son propre Moi, qui est aussi un donné immédiat. Mais il ne le prend
pas comme point de départ du processus de la connaissance, car c’est par la
pensée que l’on a conscience de soi. Bien que le Moi soit à l’origine de nos
activités, la pensée reste le point de départ pour l’activité particulière
qu’est la cognition.
Il fait aussi remarquer que le Moi réalise la
connaissance par une libre décision. Il termine cette thèse en avertissant
qu’il montrera ultérieurement que le processus de connaissance est un processus
d’accession à la liberté. Cette autre démonstration sera dans son
ouvrage : La Philosophie de la liberté, écrite quelques années plus
tard.
Sa thèse, publiée sous le titre Vérité et
Science est le prologue de sa
Philosophie de la liberté, et il termine sa théorie de la
connaissance par sa conviction que « le problème le plus important de
la pensée humaine est de saisir l’homme comme personnalité libre fondée sur
elle-même. »
Évènements et conception du monde
L’aperception, c’est-à-dire l’appréhension de
l’activité pensante, restera centrale dans la philosophie de R. Steiner et il montrera plus tard dans son œuvre
écrite comment il est possible avec
beaucoup d’effort et une grande rigueur d’intensifier sa pensée et d’élargir sa conscience. Observer sa propre
pensée est pour R. Steiner la première activité spirituelle, le début d’une
démarche spirituelle.
R. Steiner de formation scientifique a toujours
été adepte de la méthode scientifique mais pas de la philosophie matérialiste
adoptée par le milieu scientifique institutionnel des 19 et 20 é siècle.
R. Steiner a donné
des indications pour de multiples domaines d’activités humaines afin de
conduire vers un réel progrès favorable à l’évolution humaine.
Tandis que le matérialisme du 19é ajouté aux
préjugés Kantiens nous ont conduit à des progrès techniques mais aussi à une
régression de la civilisation. Nous en vivons les conséquences ultimes dans les événements actuels, dans une société dirigée
par des algorithmes, des calculs et des robots, des recherches scientifiques
orientées par un transhumanisme conséquence d’une conception de l’homme considéré comme une machine dont on peut
réparer ou changer les pièces, et dont on peut augmenter les performances par
des pièces mécaniques. Être fasciné et croire à l’intelligence
artificielle (l’IA), pour remplacer la pensée et la volonté humaines est un
héritage indirect de Kant et des successeurs matérialistes de sa lignée.
Quelques précisions
Au moment de la présentation orale à un petit cercle
d’auditeurs de cet article, certaines questions se sont élevées
auxquelles il a été apporté ensuite et par écrit les précisions ci-dessus.
Rudolf Steiner décrit 4 niveaux de conscience (avec des termes qui ne
correspondent pas à nos concepts et idées occidentaux actuels), quatre étapes
de développement de la conscience que lui-même a pratiqué :
1 - la conscience ordinaire (ou intellectuelle). La pensée de la
conscience ordinaire, la notre aujourd’hui, ne permet de connaître que les lois
physiques du règne minéral et de ne connaître que le corps physique des êtres
vivants (Du végétal à l’homme).
2 - la conscience imaginative ( ou Imagination) peut être développée à
partir d’un travail méditatif de concentration sur des concepts, des idées ou
des symboles. La pensée de la conscience imaginative permet d’accéder à la
vraie connaissance du vivant, des lois de la vie dans les êtres vivants. On
accède au monde éthérique (dans la terminologie de R. Steiner). A ce stade sa
propre vie apparaît en un tableau spatial. (ça correspond à ce tableau
rétrospectif qu’on vécu des gens qui était proche de la mort)
3 - la conscience inspirée (ou Inspiration) qui est l’étape suivant la
conscience imaginative si on arrive à l’effort supplémentaire de vider
complètement sa conscience de tout ce qui avait été acquis par la conscience
imaginative. La pensée de ce niveau de conscience inspirée permet de connaître
vraiment ce qui appartient au domaine de l’âme, du corps astral, commun aux
animaux et aux hommes. On accède alors au domaine spirituel inférieur (devachan
inférieur pour les orientaux)
4 - la conscience intuitive (ou Intuition), la dernière étape franchie
par Steiner qui lui a permis d’accéder au monde spirituel supérieur, le domaine
des plus hautes spirituelles. La pensée de ce niveau de conscience permet enfin
connaître l’entité spirituelle de l’homme (le Moi) et son origine.
Le 1er niveau intellectuel est celui de notre époque que
toute l’humanité doit développer ou devrait avoir développé. Mais il n’a pas
toujours été développé dans les époques anciennes de l’Antiquité, les hommes
n’en avait pas besoin parce qu’ils avaient une clairvoyance
atavique, maintenant perdue pour l’humanité.
Les sages des grandes époques de civilisation antiques ( Inde ancienne,
Perse, Egypte et Chaldée) avaient des connaissances spirituelles supérieures
aux nôtres mais elles n’étaient pas
obtenues par un travail personnel et libre, les hommes étaient
« guidés » par des entités spirituelles. Leur sagesse était celle de
dieux.
Notre 5é époque, post-atlantéenne, est celle de la liberté que l’homme
doit conquérir c’est pourquoi il n’est plus guidé par la sagesse des dieux.Les
humains doivent redécouvrir par eux-mêmes les connaissances spirituelles offertes aux hommes de l’Antiquité. Chaque époque a sa propre mission pour
l’évolution humaine. Maintenant nous devons développer la sagesse des hommes
libres : l’anthroposophie
L’évolution dont parle Steiner fait partie de ses connaissances
d’investigateur spirituel, il fait allusion à l’évolution voulue par les
entités spirituelles. Mais pour imaginer cette évolution il faut prendre
beaucoup de recul par rapport au minuscule présent que nous pouvons vivre.
D’autre part, à une même époque tous les individus, tous les peuples ne
sont pas au même niveau de conscience et au même niveau d’évolution. Steiner à
son époque disait de ses contemporains que la grande majorité n’était pas au
niveau d’évolution de leur propre époque de civilisation et qu’ils en étaient
restés à une époque antérieure de l’évolution (en retard sur l’évolution). Un
plus petit nombre d’individus dans le monde sont au niveau d’évolution
« normal » pour leur époque. Et un très faible pourcentage est en
avance sur l’évolution. Parmi eux les initiés, les guides de l’humanité qui
sont toujours là à toutes les époques de civilisation.
En souhaitant que ces quelques précisions vous aident à vous faire une
idée plus complète de la notion de connaissance et d’évolution telles qu’elles
sont présentées
dans l’œuvre de R. Steiner.
[7] Le donné : c’est
l’image du monde que l’on reçoit avant toute connaissance. C’est la première
impression sans expérience personnelle, sans prédicat fourni par la
connaissance, avant tout jugement.
Le prédicat : c’est ce qui est affirmé d’un autre
terme.